La Colombie après 3 ans de gouvernement Petro

Cela a pourtant bien commencé, avec le vote d’une réforme fiscale dès novembre 2022. Elle visait d’une part au rétablissement des finances publiques affectées par la pandémie de Covid-19, et d’autre part en faveur de « l’égalité et la justice sociale ». Elle ciblait les revenus élevés en réduisant les possibilités de déductions et d’exemptions, et introduisait un (modeste) impôt sur le patrimoine, les entreprises étant en revanche peu affectées. Cette réforme est opportune et juste, elle corrige la faiblesse de la fiscalité sur les personnes physiques (faiblesse qui est la norme en Amérique latine) sans céder à la facilité d’un alourdissement de la taxation des plus pauvres.

La réforme des retraites, votée en juillet 2024 améliore la cohérence entre les systèmes publics et privés de retraites, et élargit l’accès à celles-ci pour les plus modestes. Elle est entrée en application le 1er juillet 2025.

Le sort de la réforme de la santé. Gustavo Petro voulait une extension de la couverture sanitaire, en particulier en zone rurale, et une reprise par l’État du rôle d’intermédiaire financier entre le système de santé (qui serait resté très largement privé) et les usagers. La réforme a été approuvée par la Chambre des représentants en mars 2025. Mais elle a ensuite refusée par le Sénat.

La réforme agraire, tant attendue : Gustavo Petro annonçait en octobre 2022 l’achat par l’État de 3 millions d’hectares aux éleveurs pour accélérer la redistribution de terres. Des terres ont été achetées et distribuées, mais à un rythme beaucoup plus lent que prévu, et parfois dans des conditions très critiquées (prix trop élevés, terres difficilement exploitables, achats à des familles de paramilitaires condamnés pour crimes…).

La « paix totale » de Petro se référait à l’apaisement en milieu rural, par une négociation conduisant à un désarmement des groupes armés, les principaux étant les dissidences des FARC, des groupes peu centralisés de l’Armée de libération nationale (ELN), et le « Clan du Golfe ». Ces groupes se battent surtout entre eux pour le contrôle de territoires de culture et de transformation de la coca, et à l’occasion contre l’armée nationale, la population rurale et des petites villes faisant souvent les frais (meurtres, déplacements forcés, extorsion). Après trois ans, le bilan est très maigre, avec seulement le dépôt des armes des FARC et le petit groupe dissident de l’ELN, mais des dissidents continuent la lutte armée.

Un retour vers la droite et la droite extrême est probable en 2026
à moins que…
Ivan Cepeda, nouveau leader de la gauche colombienne. Voir l’article qui lui est consacré dans cette même rubrique.