Action l’accès à l’eau douce

Claude, Liliane, juin 2020 5 mn fr

Les équipements d’accès à l’eau douce et d’agriculture familiale ont été réalisés pour et avec la communauté wayuu de la Cachaca III de 2016 à 2018. L’entreprise colombienne AIGOS, spécialisée dans les études et projets sur l’eau et la terre, nous a apporté son savoir-faire technique mais aussi collaboratif avec une population concernée.
L’ensemble de l’action a bénéficié d’un financement de 106 000€ : dons, subventions Agence de l’eau Adour Garonne, Région Occitanie, Toulouse métropole, apports propres de l’association. L’ambassade de France en Colombie et la municipalité de Montvalent (Lot) ont fait un apport complémentaire de 3350€ pour un équipement qui reste encore à définir.
Dans cet article sont décrits ici les besoins étudiés, les objectifs de l’action, leurs évolutions au cours des trois années, les équipements réalisés, notre évaluation. Nous reprenons en grande partie le bilan final réalisé par l’entreprise AIGOS et complété par notre association.
L’ensemble des subventions qui avait été accordé au début du projet, avec des versements en étapes sur les trois ans, a été entièrement versé à la fin de l’action.

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1. CE QUI JUSTIFIE CETTE ACTION SUR TROIS ANS

Une situation climatique et sociale, des besoins exprimés

La Colombie dispose d’une ressource hydrique abondante et très largement supérieure à la moyenne mondiale, mais la Guajira - péninsule Nord-Est de la côte caraïbe - représente la principale zone désertique du pays avec des précipitations annuelle inférieur à 500 mm.

La communauté Wayuu, qui représente la population originaire de ce territoire semi-désertique, a su tout au long de son histoire s’adapter au manque d’eau. Elle a développé, dans le cadre de son environnement culturel et traditionnel, des pratiques liées à la bonne gestion de l’eau afin de répondre à ses propres besoin alimentaires.

Mais aujourd’hui, ce fragile équilibre socio environnementale construit au fil des siècles est totalement perturbé. À ceci plusieurs causes, majoritairement indépendantes de la volonté et de la responsabilité du peuple Wayuu.
Depuis quelques années, plusieurs projets de déviations des cours d’eau et de barrages par l’industrie minière et l’agriculture intensive, autorisés par le gouvernement central colombien, ont très clairement perturbé voire supprimé le cycle hydrologique des quelques rivières qui permettaient aux Wayuu de compenser le manque de précipitations atmosphériques. Une demande judiciaire de type populaire est en cours, la presse colombienne nationale commence à relayer l’information, des organisations de la société civile associées aux communautés indigènes mènent un combat de sensibilisation et de défense des droits, mais les résultats à court terme sont plus qu’aléatoires, dans un contexte administratif, institutionnel et de corruption complexe.

En parallèle, la Colombie est et sera l’un des pays les plus affecté par le changement climatique. La Guajira, est un territoire à climat extrême, elle sera nécessairement touchée par une variabilité climatique supérieure à celle traditionnellement connue. Pour preuve l’impact désastreux du phénomène "El Niño" de 2015 enregistré au niveau mondial comme le phénomène le plus important jamais enregistré depuis 50 ans. La Guajira a vu alors ses précipitations se suspendre totalement pendant plus d’un an et demi.

Rio Rancheria seule rivière coulant normalement toute l’année, à l’étiage août 2016

Cette sècheresse prolongée a eu des conséquences tragiques sur la population Wayuu : des enfants Wayuu sont morts pour des causes associées à la dénutrition, les chiffres officiels donnent 4 770 enfants morts de dénutrition entre 2010 et 2018. Le manque d’eau a des conséquences directes sur la production et la disponibilité alimentaire des communautés. En 2014 la consommation annuelle d’eau dans la Guajira révèle l’emprise minière :
 secteur agricole 4,5 %
 secteur de l’élevage 15,8 %
 secteur minier 79,7 %
De plus, la croissance de la population locale et touristique (bien que celle-ci soit faible), l’usage de pratiques agricoles peu durables, l’extension de la mine Cerrejon, conduisent à l’augmentation de la pression sur les ressources naturelles et ne permettent pas la restauration d’un équilibre socio-environnemental.

Ainsi, si restaurer un équilibre qui, ne le cachons pas restera précaire, doit être engagé sur le long terme, il est aussi urgent de mettre en œuvre des réponses techniques rapides à la situation dramatique présente.

Les objectifs

Le projet a permis de développer des réponses techniques sur le court terme au problème de disponibilité et de gestion de l’eau de la communauté Cachaca III. Il a aussi respecté les coutumes et les orientations actuelles de cette population. Enfin, en s’appuyant sur les liens étroits tissés depuis plusieurs années entre Crear Escuela et la communauté, il s’attaque à la plus évidente des problématiques à laquelle se confronte cette communauté : la rareté de l’eau.

La Ranchería Cachaca III représente un groupe de 27 constructions collectives et familiales vernaculaires installées sur une bande de terre de 2 Km sur 3 Km, située sur le littoral de la côte Caraïbe, à 8 kilomètres de la capitale de la Guajira, Riohacha.

Cachaca III , 2017

Une partie importante de la communauté travaille à Riohacha mais conserve son organisation traditionnelle. Les services publics en eau ne sont pas disponibles sur ce territoire, mais l’entreprise de service public de Riohacha approvisionne en eau brute, une fois par mois de mars à décembre, un réservoir de10 m3, un volume très en dessous des besoins domestiques.

Réserve d’eau dite "la Alberca"

Les usages domestiques et agricoles sont assurés avec difficultés par une mare d’eau. Cette dépendance d’une seule source d’eau douce et le service public très aléatoire fait par Riohacha préoccupent la totalité des membres de la communauté. Voici pourquoi ils ont souhaité diversifier leurs techniques de captage et stockage d’eau brute, afin de passer du stade de la précarité à celui plus durable.

Ainsi l’objectif du projet a été de promouvoir une gestion intégrée et durable de la ressource en eau à travers de la mise en œuvre de techniques de captage et de stockage, adaptées au milieu semi-désertique et respectueuses des traditions de la Ranchería Cachaca Tres. Il peut aussi représenter un exemple reproductible dans d’autres rancherias.
La méthodologie de réalisation a été nettement participative, tout autant dans sa phase de dimensionnement que dans les techniques sélectionnées.

2. LES ETUDES PRELIMINAIRES

Les différentes études

Différentes activités préliminaires ont été réalisées pour comprendre le comportement de l’eau superficielle et souterraine sur le territoire de la Cachaca III, pour déterminer les meilleures options techniques pour l’augmentation de la disponibilité en eau. Elles ont toutes été réalisées en coordination avec la communauté, grâce sa connaissance du territoire et sa main d’œuvre communautaire. Les constats principaux des études :
 impossibilité sur tout le territoire de la communauté d’accéder à une nappe d’eau douce en sous-sol et donc d’installer des puits : l’eau salée abonde à partir de 4m de profondeur ;
 la mare eau douce n’est pas alimentée par un ruissellement en sous-sol mais par les précipitations en pluie, elle s’assèche au plus fort de la sécheresse ;
 le rio qui longe le territoire au sud est fortement salé jusque très en amont.

Territoire de la Cachaca III
Rio Guerero salé, lagune et clairières d’habitation. Point d’analyse des sols, entreprise Aïgos, 2017.

Les décisions prises en concertation
À la fin des études préliminaires et avant de commencer les activités d’installation, une réunion avec toute la communauté wayuu de Cachaca III a été réalisé afin d’expliquer les résultats des études, les différentes options pour augmenter la disponibilité en eau douce et ainsi s’assurer de l’accord de la communauté.

Réunion avec des représentants de la communauté. Aïgos 2017

Dans cette réunion, l’entreprise AIGOS a présenté les différentes options possibles (voir ci-après Aménagements et équipements réalisés), la communauté a décidé de leur mise en œuvre. La communauté avec sa vision locale a formulé des recommandations pour améliorer les futures installations, par exemple la répartition des volumes des réservoirs, répartition proportionnelle à la dimension des toits avec un ou plusieurs containers pour chaque bâtiment selon leur grandeur et dimensions du toit.

3. LES AMENAGEMENTS ET EQUIPEMENTS REALISES

Fournisseurs principaux Matériaux
La Casita, Riohacha Installation de systèmes de collecte d’eau de pluie
Rotoplast, Medellín Réservoirs
Imsitex, Medellín Géo-membrane
Carlos Zuluaga, Riohacha Bois pour l’installation de systèmes de collecte
d’eau

1. Réutilisation des puits d’inspection pour le stockage de l’eau de pluie

PHOTOS

2. Le captage et stockage de l’eau de pluie à partir des toitures des bâtiments

PHOTOS

3. La rétention des eaux d’écoulement superficiel pour l’usage des animaux domestiques

Schéma de localisation et positionnement des digues de contention des eaux de ruissellement.

4. La séparation des usages humains de ceux des animaux domestiques dans le Jagüey

Illustration 12. Schéma d’organisation des usages de l’eau du Jagüey.

PHOTOS

5. Conserver la capacité de stockage d’eau de ruissellement du Jagüey

Illustration 13. Exemple et schéma d’installation du piège à sédiments avant l’entrée dans le Jagüey.

4. LES RESULTATS EN EAU DOUCE

• L’installation des systèmes de collecte d’eau de pluie dans les différents bâtiments : collecte et stockage 80 m3.
• Puits d’inspection aménagés : stockage supplémentaire d’eau de pluie, volume 20 m3.
• L’adaptation du Jagüey divisé en 2 secteurs d’usages différenciés (communauté et animaux) : amélioration des conditions sanitaires de la population la plus sensible : les enfants.
• La plantation d’arbres sur les bords du Jagüey pour diminuer l’évaporation de l’eau.
• La construction d’arcs romains (digue de contention) pour stocker le plus longtemps possible l’eau de ruissellement.

En juillet 2017 et après l’achat du matériel, l’installation des systèmes de collecte des eaux de pluie sur les maisons a commencé. Elle s’est achevée en avril 2018.

Elle a permis la formation de deux personnes de Cachaca III qui ont été embauchées pour l’installation des systèmes : César Uriana et Peyito Fonseca, qui avaient déjà de l’expérience en construction de maison et qui de plus avaient travaillé avec AÏGOS dans les missions d’études et de préparation précédentes. Après cette formation, ils ont reçu un certificat d’expérience fourni par AÏGOS. Elles sont depuis responsables de la maintenance des installation.

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